Aktuell

- Galerie Ijinan, allée Marie Le Vaillant, Saint-Brieuc (22)

- Hôtel de ville de Concarneau (29), du 6 Mai au 28 Juin 2011



Expositions permanentes


- "Auberge du Prieuré", Le Sen (Landes, 40)

-"Espace KaZen", Camaret sur Mer (Finistère, 29)

     

Portrait par Sophie Hanquiez,
Le Courrier Hebdomadaire du Finistère, Décembre 2009



Un regard félin sur un visage doux, une chevelure sauvage mais sagement posée sur les épaules, Aïcha a en elle cette curieuse faculté de manier les contrastes avec une souplesse qui évite tout signe de rupture. Originaire des Landes, c'est lors d'un voyage en amoureux qu'elle découvre la Bretagne et y voit son futur chez elle, en Finistère, à Landévennec précisément. La puissance des éléments l'inspire immédiatement, elle y puise son énergie vitale. Car dans son oeuvre, tout part de la nature: l'inspiration et une partie des matériaux. Elle affectionne les petits endroits que peu connaissent, ceux qui nécessitent de marcher hors des sentiers battus, ceux qui sont loin des bruits de la ville mais bruissant de vie sauvage. Qu'elle parcourt les chemins forestiers à cheval, qu'elle furète le fond de la rade en quête de petits trésors ou qu'elle expose sa crinière an haut de la pointe de Dinan, la démarche est toujours la même: respirer à pleins poumons le bonheur de vivre en pleine nature, observer les courbes du littoral, vibrer au rythme des arbres exposés au vent, et construire dans sa tête une toile qui traduise toute cette harmonie.

Une vie au contact des éléments
Aïcha est sans âge. Primo parce qu'elle ne veut pas le donner pour ne pas pervertir le regard porté sur ses toiles, secundo parce qu'après quelques minutes de discussion on regrette d'avoir posé la question triviale!"Qu'est-ce qu'être jeune ou vieux? Quel âge faut-il avoir pour être intéressant? Et finalement, quelle importance cela a-t-il!", s'interroge-t-elle. De toute façon, le voyage qu'elle propose est hors du temps et loin des rythmes effrenés de nos vies. Un sablier qu'elle laisse s'écouler indifféremment pour créer une toile. Soit elle a une idée en tête qu'elle va illustrer à l'aide de matériaux puisés essentiellement dans le monde minéral, soit c'est l'observation in situ qui va donner le départ d'un nouveau tableau. Elle dessine et peint depuis qu'elle est toute petite. La peinture à l'huile est un outil qu'elle affectionne particulièrement, parce qu'il recquiert de la patience, qu'elle peut peaufiner sa création en plusieurs fois, alterner avec des collages. Tandis qu'une idée mûrit dans sa tête, elle part faire sa cueillette au ras du sol. Les galets de schiste et le schiste ferrugineux des falaises qu'elle emploie beaucoup sont des détails qui participent au mouvement de la toile. C'est dans le mouvement que réside son fil conducteur.
Au printemps, le travail d'Aïcha se fait portes ouvertes pour ne rien perdre des petits bruits de la nature qui entoure son penty. "En Hiver, il faut bien fermer les portes mais je ne peux pas écouter de la musique en peignant, j'ai besoin de silence et de calme." Son exposition actuelle à l'espace KaZen sur le port de Camaret-sur-Mer est un retour aux origines de la vie. La lave en fusion s'écoule des toiles sans inquiéter, un duo de couleurs mates entre gris ardoise et orangé nous parle de la puissance des entrailles de la terre sans agresser, l'intensité est exprimée dans la matière sans peser. Comme une empreinte. La recherche de l'équilibre fonctionne à merveille entre matières brutes et mise en scène délicate. Le regard suit le mouvement de chaque toile, découvre un détail, prend du recul: l'invitation d'Aïcha est sincère et authentique.

Proposition de partage
S'il est une intention à retenir d'Aïcha, c'est de vouloir partager sa contemplation des éléments naturels. Transmettre une émotion et dire "regardez autour de vous, prenez le temps, ouvrez les yeux sur la beauté de la nature qui nous entoure". Ce qui lui fait d'ailleurs le plus plaisir est que ses visiteurs ressentent à travers ses tableaux ce qu'elle a ressenti à la genèse de leur création. Ce sont souvent les amoureux du Finistère qui y parviennent. Elle utilise l'abstrait pour que l'imagination de chacun puisse fonctionner, et multiplie les symboles d'ouverture pour nous inviter à regarder au-delà des apparences. Elle perçoit l'âme cachée de la matière jusque dans les roches et s'émerveille de la beauté dissimulée au coeur des minéraux. Il n'y a qu'un pas à franchir pour se laisser aller à l'introspection, la découverte du monde accompagne la découverte de soi. Ses mondes sur toiles se divisent en plusieurs univers: ardeur minérale, éternel océan, sérénité organique et profusion végétale. Ils sont autant de passerelles pour comprendre le flux et le reflux des éléments, leur ryhtme, l'énergie qu'ils délivrent et que nous pouvons capter. Abattre les frontières entre le monde organique et la pensée humaine, réconcilier l'ensemble et l'exprimer dans un mélange intime et harmonieux de peinture et de matières.

Les couleurs de la vie
Les tons corail réchauffent de leur belle énergie et nous transportent vers le centre de la terre sur un chemin sinueux fait de petits galets oblongs. Les camaïeux de bleus et tons naturels utilisés dans "Lagune" ou "Algues minérales" sont comme une promenade apaisante les pieds dans l'eau et la vue troublée par le resac; le regard hésitant entre la dernière vague et la langue de sable recouverte de façon aléatoire. Les turquoises d'"Eden" sont une plongée dans les langueurs océanes. Celui qui entre dans ce tableau est alors capté par les profondeurs et perd ses repères de terrien. Les bleus profonds soulignent les ondes marines tandis que les verts et les bronzes des toiles du volet "Profusion végétale" sont au service de l'ingénieux et complexe cycle du monde des plantes. Tout concourt à réveiller notre mémoire sensorielle. Mêlant de façon construite mais aussi instinctive l'apaisement et la force, les tableaux d'Aïcha sont comparables à un instrument de musique bien accordé, dont les notes fragiles dansent en équilibre au-delà des portes.



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